vendredi 22 juillet 2011

LE PIANOCKTAIL ET JEAN-FRANÇOIS ZYGEL


Ah quel bonheur hier soir de se retrouver polongés dans l'atmosphère surréaliste de Boris Vian ! J'ai pris quelque photos ! Ci dessous, le pianocktail présenté par martial Paoli de la Compagnie "La rumeur".

Et de plus il marche ! Ne nous a-t-il pas concocté un breuvage intitulé "Vanina" en l'honneur de Dave qui assistait à l'émission et qui n'a pas pu s'empêche de déclarer, avec son humour caustique : "pourvu qu'il ne soit pas imbuvable ! "
Le thème de la soirée : Musique et cuisine ! Un régal d'humour !
Comme j'adore "l'écume des jours" et autres "Automne à Pékin", "Herbe rouge" and so on, je ne résiste pas à l'envie de vous joindre ce petit extrait du roman de Boris qui traite du Pianocktail :

« Prendras-tu un apéritif ? demanda Colin. Mon pianocktail est achevé, tu pourrais l’essayer.

– Il marche ? demanda Chick.

– Parfaitement. J’ai eu du mal à le mettre au point, mais le résultat dépasse mes espérances. J’ai obtenu, à partir de la Black and Tan Fantasy, un mélange vraiment ahurissant.

– Quel est ton principe ? demanda Chick.


– À chaque note, dit Colin, je fais correspondre un alcool, une liqueur ou un aromate. La pédale forte correspond à l’œuf battu et la pédale faible à la glace. Pour l’eau de Seltz, il faut un trille dans le registre aigu. Les quantités sont en raison directe de la durée : à la quadruple croche équivaut le seizième d’unité, à la noire l’unité, à la ronde la quadruple unité. Lorsque l’on joue un air lent, un système de registre est mis en action, de façon que la dose ne soit pas augmentée – ce qui donnerait un cocktail trop abondant – mais la teneur en alcool. Et, suivant la durée de l’air, on peut, si l’on veut, faire varier la valeur de l’unité, la réduisant, par exemple, au centième, pour pouvoir obtenir une boisson tenant compte de toutes les harmonies au moyen d’un réglage latéral.

– C’est compliqué, dit Chick.

– Le tout est commandé par des contacts électriques et des relais. Je ne te donne pas de détails, tu connais ça. Et d’ailleurs, en plus, le piano fonctionne réellement.

– Je vais m’en faire un sur Loveless Love, dit Chick. Ça va être terrible.

– Il est encore dans le débarras dont je me suis fait un atelier, dit Colin, parce que les plaques de protection ne sont pas vissées. Viens, on va y aller. Je le réglerai pour deux cocktails de vingt centilitres environ, pour commencer. »

Chick se mit au piano. À la fin de l’air, une partie du panneau de devant se rabattit d’un coup sec et une rangée de verres apparut. Deux d’entre eux étaient pleins à ras bord d’une mixture appétissante.

– Il n’y a qu’une chose gênante, dit Colin, c’est la pédale forte pour l’œuf battu. J’ai dû mettre un système d’enclenchement spécial, parce que lorsque l’on joue un morceau trop « hot », il tombe des morceaux d’omelette dans le cocktail, et c’est dur à avaler. Je modifierai ça. Actuellement, il suffit de faire attention. Pour la crème fraîche, c’est le sol grave."

Il y a bien encore quelques recettes savoureuses comme celle de "l'andouillon des iles au porto musqué", mais le mieux est de lire le roman !
Bon appétit et joyeuses musiques !

1 commentaire:

tubermamie a dit…

suite à une demande, la dite recette !
«Faites-vous, Nicolas, du fricandeau ce soir? demanda Colin.
......dans la tradition de Gouffé en élaborant, cette fois, un andouillon des îles au porto musqué.
– Et ceci s’exécute ? dit Colin.
– De la façon suivante : « Prenez un andouillon que vous écorcherez, malgré ses cris. Gardez soigneusement la peau. Lardez l’andouillon de pattes de homards émincées et revenues à toute bride dans du beurre assez chaud. Faites tomber sur glace dans une cocotte légère. Poussez le feu, et, sur l’espace ainsi gagné, disposez avec goût des rondelles de ris mitonné. Lorsque l’andouillon émet un son grave, retirez prestement du feu et nappez de porto de qualité. Touillez avec spatule de platine. Graissez un moule et rangez-le pour qu’il ne rouille pas. Au moment de servir, faites un coulis avec un sachet de lithinés et un quart de lait frais. Garnissez avec les ris, servez et allez- vous-en. »
texte extrait de l'Ecume des Jours de Boris Vian